Élévation du niveau de la mer : pourquoi et combien ?
Les concentrations mondiales actuelles de dioxyde de carbone, de méthane et de protoxyde d’azote ont crû de façon notable par suite des activités humaines depuis 1750. L’augmentation des concentrations en dioxyde de carbone, le plus important des gaz à effet de serre, sont principalement dues à l’utilisation des combustibles fossiles (à hauteur de 80 % environ) et au changement d’utilisation des terres (les 20 % restants) : elles sont passées de 280 parties par millions en 1750 à 379 parties par millions en 2005. Les émissions du méthane (de 715 à 1774 parties par milliards entre 1750 et 2005) et du protoxyde d’azote (de 270 à 319 parties par milliards entre 1750 et 2005) sont principalement dues à l’agriculture.
La compréhension des influences humaines sur le réchauffement et le refroidissement du climat a été améliorée depuis la publication du précédent rapport en 2001. Selon les experts, il y a au moins 9 chances sur 10 pour que l’effet moyen global des activités humaines depuis 1750 soit un effet de réchauffement.

Le réchauffement du système climatique est sans équivoque car il est maintenant observable. L’accroissement des températures moyennes mondiales de l’atmosphère et de l’océan, la fonte généralisée de la neige et de la glace, et l’élévation du niveau moyen mondial de la mer sont sensibles. Cette élévation est due à plusieurs facteurs : la dilatation thermique de l’eau de mer (expansion thermique), les décroissances généralisées des glaciers de montagne et de la couverture neigeuse observée dans les deux hémisphères, la fonte de l’Antarctique et du Groenland (amincissement, réduction ou perte de plates-formes glaciaires…).
Le niveau moyen de la mer a crû a une vitesse de 1.8 mm par an (± 0.5) de 1961 à 2003 et cette vitesse a été plus rapide lors des 10 dernières années avec 3.1 mm par an (± 0.7). Il reste aux chercheurs à clarifier si cette plus grande vitesse pour 1993-2003 correspond à une variation décennale ou à un accroissement de la tendance à long terme. L’élévation moyenne totale au 20e siècle est comprise entre 12 et 22 cm.
Les estimations du changement climatique futur reposent sur des simulations numériques prenant en compte les émissions passées de gaz à effet de serre (qui ont une durée de vie longue), différents scénarios d’émissions futures (population mondiale, croissance économique, introduction éventuelle de nouvelles technologies…) et le comportement du climat (avec des incertitudes concernant les courants marins, les nuages, les puits de carbone…).
Selon les scénarios, le réchauffement global moyen de l’air en surface est estimé entre 1.8°C (dans une fourchette de vraisemblance de 1.1 à 2.9 °C) et 4°C (entre 2.4 et 6.4°C) à l’horizon 2100. Pour tous les scénarios, les simulations produisent une contraction de la couverture neigeuse et une diminution des glaces de mer dans l’Arctique comme dans l’Antarctique. Pour certaines simulations, la glace disparaît presque entièrement en Arctique à la fin de l’été dans la seconde partie du 21e siècle.
En 2100, l’élévation du niveau de la mer est estimée entre 18 et 38 cm dans le meilleur des cas, entre 26 et 59 cm pour le scénario le moins favorable. Selon les experts, une augmentation du niveau de la mer de 34 mm provoquerait une perte globale d’environ 30 % des zones côtières humides et des millions de personnes supplémentaires pourraient subir une inondation chaque année.
Mathieu Jahnich (D4E)
Source Science.gouv.fr